L’innovation au service de l’humain : une réalité pour les entreprises ?

Paroles d'experts . Date de publication 19.10.2026 - 7 min

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L’intelligence artificielle, le quantique, la robotique... L’innovation est toujours plus performante, plus rapide et bien plus exigeante.

Nos usages en entreprise, eux, évoluent en conséquence. De l’automatisation de tâches administratives à l’aide à la prise de décision, nous repensons nos activités sous un nouvel angle. Mais comment innover sans perdre de vue l’essentiel ?

Olivier Senot, Directeur Innovation de Docaposte, nous partage sa vision sur les grandes tendances de l’innovation, la place que Docaposte occupe dans cet écosystème et comment nous concilions innovation et numérique responsable.


Olivier Senot
Directeur Innovation de Docaposte

Selon vous, quelles transformations technologiques vont le plus bouleverser les organisations ?

Je vois trois grandes tendances qui se démarquent particulièrement sur les deux prochaines années :  

1. La puissance des systèmes d’IA. 

Tous les grands modèles de langage (ou LLM, pour Large Language Models) que nous connaissons évoluent (très) rapidement. Leur puissance aussi. Les systèmes se perfectionnent, les taux de précision s’améliorent. L’IA agentique prend une place de plus en plus importante en tant qu’”assistant” personnel permanent. Cela a de vraies conséquences sur nos usages du quotidien.

Mais qu’en est-il dans le monde du travail ? Avons-nous vraiment besoin d’avoir des systèmes aussi puissants dans nos entreprises ? Pas vraiment.

Prenons un exemple : utiliser un LLM très puissant pour générer des comptes-rendus de réunion n’a pas de réelle plus-value. La facture en revanche sera élevée. C’est pourquoi nous devons investir dans des systèmes proportionnés à nos besoins. 

2. La défiance dans les LLM.

Les LLM sont plus performants donc plus précis. Qui dit plus de précisions, dit aussi moins d’hallucinations, grâce à l’évolution des architectures.

Pourtant, nous ne pouvons pas accorder aveuglément notre confiance aux LLM, notamment lorsqu'ils sont utilisés comme base des agents IA. Car quelles garanties avons-nous que leurs actions soient conformes à la doctrine et aux valeurs de mon entreprise ? 

L’attaque de Hugging Face par une IA est en une démonstration. L’agent n’a fait que trouver une méthode optimisée pour obtenir le résultat demandé. Pas d’attaque malveillante ou de rébellion de l’IA comme certains ont pu le penser. En vérité, le coupable est la mauvaise instruction donnée à l'agent IA, combiné à un mauvais environnement de test.

Cela soulève plusieurs questions : comment ces agents prennent les décisions et pourquoi ? Comment être certain qu’il n’y aura pas de dérive ? La surveillance et l’auditabilité des agents sont donc des critères à intégrer dès le déploiement. Mais pas seulement : nous devons acculturer nos équipes comme nos clients pour mieux comprendre ces enjeux.

3. Le quantique.

Si les LLM posent des questions de puissance et de confiance, le quantique rebat quant à lui les cartes en matière de sécurité.

Aujourd’hui, il existe une prise de conscience très forte sur l’importance d’une mise en conformité des systèmes d’information avec le quantique.

Pourquoi ? Car selon certains experts, son arrivée est annoncée pour 2029. Mais nous avons besoin de cinq ans pour mettre un SI à jour sur ce type d’environnement. Nous devons mettre les bouchées doubles dès à présent pour protéger nos systèmes. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

Ces innovations sont certes les plus marquantes, mais elles ne sont pas les seules. Je pense notamment à la robotique. La livraison de robots s’accélère dans tous les secteurs : industrie, agriculture, depuis peu dans les environnements de santé collective, et bientôt de l’aide aux personnes âgées, mais aussi du domestique... À suivre !

Face à ces changements majeurs, les organisations doivent donc repenser leur mode de fonctionnement. Chez Docaposte, comment intégrons-nous l’innovation pour accompagner nos clients ?  

Nous n’avons pas attendu que les innovations soient au cœur de toutes les discussions pour nous lancer et les intégrer à nos systèmes et solutions.

Par exemple, l’IA est une révolution majeure que nous intégrons dans nos métiers ainsi que ceux de nos clients depuis... 30 ans. Nous avons structuré nos actions autour de l’IA de confiance, c’est-à-dire une IA transparente, éthique, sécurisée et souveraine.

Ces principes nous guident en interne. Nous avons notamment :

  • organisé la refonte de notre ligne de production logicielle, avec le développement d’un outil d’accompagnement, de supervision, de traçabilité du code produit ;
  • acculturé les équipes ;
  • déployé un programme plus large autour de l’IA de confiance à l’intention des collaborateurs, pour sécuriser et faciliter leurs usages.

Comme en externe. Avec nos 300 data scientists, nous accompagnons nos clients dans l’acculturation et la mise en place de l’IA sur tout son spectre, de l’IA générative au machine learning.

Concrètement, nous proposons une offre très large, allant du conseil à la création et mise en œuvre d’agents IA adaptés à votre métier.

Nous créons également de nouveaux produits prêts à l’emploi, basés sur l’IA générative de confiance, pour répondre aux besoins de nos clients. Par exemple :

  • DALVIA Synthèse et DALVIA Vox en santé. Synthèse du dossier patient, retranscription automatique des consultations médicales, nous redonnons du temps au corps soignant.
  • PiixIA (projet en cours de développement). Documents plus inclusifs, éthiques et compréhensifs, nous fluidifions la relation syndicat/co-propriétaires.
  • FAST-Voxia. Retranscriptions automatiques d’assemblées (municipales par exemple), nous générons des synthèses et procès-verbaux et structurons les échanges de façon claire et exploitable.

Mais le plus important, c’est que nous maintenons toujours une intervention humaine lors de la production et de la décision (doctrine human in the loop). C’est aussi ça un usage raisonné de l’IA : en faire un vrai outil et non un substitut de l’humain. La clé de l’innovation est là : toujours garder le contrôle.

Comme nous le comprenons, l’innovation est aussi un acte engagé. Dans quelle mesure construisons-nous chez Docaposte un numérique plus sûr, plus utile et plus souverain ?  

Alors que la consommation énergétique explose, il est primordial de ne pas seulement s’intéresser au numérique et de prendre en considération ses impacts. Car innovation et éthique sont loin d’être incompatibles.

L’éthique passe d'ailleurs par la maîtrise de nos usages : nos équipes sont formées à l’éco-conception. Nos clients y sont acculturés. Concrètement, cela signifie que nous intégrons les enjeux de protection de l’environnement dès la conception.

Nous avons également comme objectif de développer à terme une IA plus frugale, c’est-à-dire sobre et mesurée mais aussi performante. Comment ? En quantifiant les modèles. Nous pourrions réduire de 50 à 80 % la consommation de nos modèles, sans perdre en exactitude.

C’est une stratégie éthique, frugale et résiliente. En utilisant des modèles quantifiés, donc moins consommateurs de ressources, nous pouvons les intégrer au sein de nos propres infrastructures matérielles au profit :

  • d’une meilleure auditabilité,
  • d’une maîtrise des dépenses,
  • d’une indépendance technologique accrue.  

Pour le moment, nous sommes au stade de recherche, mais nous espérons pouvoir en faire un standard dans les mois à venir.

L’éthique, c’est aussi la mise en place de garde-fous. 

Chez Docaposte, nous avons instauré un comité éthique ainsi qu’une doctrine IA, doctrine qui fixe nos usages des IA en interne et pour nos clients.

Concrètement, 4 piliers nous guident dans nos actions :

  • Souveraineté des données hébergées en France ou en Europe.
  • Conformité réglementaire aux lois françaises et européennes.
  • Responsabilité de tiers de confiance, grâce à une gouvernance fiable et des contrôles anticipés des autorités.
  • Innovation maîtrisée, grâce à une combinaison de la performance, compétitivité et maîtrise des risques juridiques, contractuels et réputationnels.

Avec toutes les possibilités qui s’offrent à nous, notre devoir est clair : protéger l’humain et préserver nos ressources. L’innovation n'a de sens que si elle est au service de l’humain.

Ce n’est pas une simple promesse que nous vous faisons, c’est un engagement dont nous témoignons.