Souveraineté numérique : les services publics à l’épreuve de la résilience

Paroles d'experts . Date de publication 22.05.2026 - 3 min

Par Benoit Parizet, Directeur général adjoint de Docaposte, en charge du secteur public

265 milliards d’euros : c’est le coût de notre dépendance technologique aux acteurs extra-européens. Au-delà de l’enjeu budgétaire, elle expose nos services publics à des fragilités juridiques, opérationnelles et stratégiques.

En effet, derrière les choix technologiques, une question se pose : que maîtrisons-nous réellement ?

Dans le secteur public, c’est une question cruciale. D’abord, la gestion de données sensibles — identité, santé, vie administrative — est au cœur du contrat de confiance avec le citoyen.

Si la protection des données selon les plus hauts standards est un prérequis, la souveraineté ne se résume plus à l’hébergement. Elle réside dans la capacité à choisir, piloter et faire évoluer ses environnements numériques en maîtrisant ses dépendances logicielles et matérielles.

L’autonomie numérique ne doit donc plus être perçue comme un coût mais comme un investissement à long-terme pour assurer une transformation durable, des usages sécurisés, des dépenses et des risques maîtrisés.

La résilience, nouveau critère du choix public 

Dans un contexte d’instabilité géopolitique et de cybermenaces, la souveraineté doit se penser à l’aune de la résilience. Si la souveraineté assure contrôle et indépendance, la résilience répond à une logique d’adaptation et de pérennité. Étroitement liées, elles supposent une approche globale qui dépasse des choix techniques et intègre des dimensions organisationnelles et stratégiques.

Être capable de maintenir la continuité de service, quelles que soient les circonstances, est un impératif démocratique. Or, comment savoir si nos services publics sont prêts ? 

Ils ont d’abord besoin de mesurer leur capacité de résilience. C’est l’ambition de l’indice de résilience numérique (IRN), lancé en janvier dernier*. Il offre un cadre partagé pour évaluer la robustesse des services, identifier les vulnérabilités et orienter les investissements.

Avec cette boussole, la résilience se fait concrète, collective, pilotable et adaptée aux réalités des administrations. Elle doit désormais guider les choix publics, au même titre que la performance ou le coût. Car sans résilience, il n’y a pas de souveraineté durable.


* L’Indice de Résilience Numérique (IRN) est porté par l’aDRI (association for Digital Resilience Initiative) dont l’objectif est de promouvoir la résilience numérique des entreprises européennes. L’IRN est un standard ouvert permettant aux entreprises publiques et privées d’évaluer et de piloter leurs dépendances numériques.

Source : Acteurs Publics – Numéro Mars / Avril 2026