e-santé

« La e-santé rend-elle plus heureux ? »

image e-santé & bonheur
22 November 2019

Tel est le titre de la prochaine conférence que nous animerons lors de l’événement organisé par Docaposte, filiale numérique du Groupe La Poste, sur le « bonheur et la santé », avec laquelle l’Institut Rafaël, maison de l’après cancer développe un partenariat stratégique en santé numérique.

 

Comme le remarque Pascal dans Les Pensées, tous les hommes désirent le bonheur ; les moyens pour y parvenir varient d’un individu à l’autre, mais ce vers quoi tout le monde tend est universel. Par conséquent, le bonheur constitue la fin de toute action (son but, ce pour quoi on agit), et inversement, tout ce que nous mettons en œuvre ne peut être considéré que comme un moyen en vue d’atteindre cette fin suprême.
Les actions humaines sont donc menées en vue de quelque chose, et non pas de façon absurde et sans aucun but. Ici, nous comprenons la différence entre les moyens et la fin, les moyens étant au service de la fin à laquelle ils sont articulés.
Par exemple, nous nous lavons pour être propres. L’action de se laver n’est pas une fin en soi : la fin de cette action est la propreté. C’est donc la propreté qui est première, c’est-à-dire que c’est pour elle que nous nous lavons. Or, nous pourrions ainsi subordonner absolument tout ce que nous faisons à cette fin ultime qu’est le bonheur. Tout ce que nous mettons en place dans nos vies vise, plus ou moins confusément, cet objectif. Ici, nous pouvons dire que la santé est subordonnée au bonheur : elle est un moyen au service d’un but qui la dépasse.

Par conséquent, il est très important de réfléchir à cette notion de bonheur, et de bien s’entendre sur sa définition. En effet, puisque nous le recherchons, mieux vaut pour nous avoir une idée de ce que nous cherchons. Le risque serait en effet, faute de définition, de chercher dans tous les sens sans savoir exactement ce que nous visons, ou alors même de nous méprendre sur ce que signifie le bonheur.

Nous pouvons nous demander pour commencer ce qui distingue le plaisir du bonheur, c’est-à-dire quelles sont les différences entre ces deux notions. Ces deux mots semblent proches. Pourtant, lorsque nous faisons véritablement attention à ce qu’ils signifient, ils ne désignent pas la même réalité.

Prenons l’exemple d’un plaisir : un bon bain moussant, et essayons de décrire ce qui se joue. D’abord le bain ne dure pas toute la vie – c’est d’ailleurs plutôt souhaitable.
Par conséquent, le plaisir est éphémère, il ne dure qu’un instant relativement fugace. D’autre part, ce qui est comblé par un bon bain, c’est le corps, avec les cinq sens, et non pas la soif de connaissance, la pensée. Ainsi, le plaisir est surtout sensoriel ou physique. Quand on possède une baignoire, il n’est pas très difficile de faire couler un bain et de s’y plonger. Ainsi, le plaisir est assez facile à obtenir. Tous ces éléments nous permettent en creux d’obtenir une définition du bonheur : il s’agit d’un état de satisfaction stable et durable qui concerne l’ensemble de la personnalité (pas seulement le corps), et qui semble difficile à obtenir, en tout cas dont l’obtention peut demander une réflexion et un effort. Dans cet effort global pour bien vivre, nous pouvons ranger la santé, qui est elle aussi globale, incluant l’ensemble de la personnalité, puisqu’elle peut être définie comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et (elle) ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.»

Par conséquent, nous pouvons penser les moyens dont nous disposons, et ici tout particulièrement du numérique, à la lumière de leur articulation au bonheur. Le moyen qu’est le numérique peut-il s’articuler directement à la recherche du bonheur, ou est-il simplement une possibilité technologique dépourvue d’efficacité réelle dans la recherche d’une vie meilleure ? En effet, nous entendons aujourd’hui beaucoup de critiques visant la révolution technologique, ayant souvent pour argument principal l’idée selon laquelle le numérique, loin de contribuer au bonheur, s’oppose à lui comme un obstacle, notamment par l’accélération et la potentialisation de l’expérience qu’il rend possible. Nous pouvons donc formuler la question ainsi : le numérique en médecine est-il un moyen contribuant à l’obtention du bonheur, ou au contraire, un obstacle au bonheur ?

 

Le Numérique en Médecine

La e-santé fait référence à « l’application des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’ensemble des activités en rapport avec la santé». Le numérique (tout ce qui fait appel à des systèmes électroniques basés sur des fonctions logiques) est considéré comme étant au cœur de l’innovation, la santé ne faisant pas exception, tant dans la recherche clinique que dans la prise en charge et l’accompagnement des patients.
Les innovations en santé sont-elles forcément reliées au numérique ?

L’irruption du numérique dans notre vie quotidienne modifie l’exercice de la médecine. Loin de remplacer la médecine clinique comme on le fantasmerait volontiers, l’automatisation resserre les liens entre les patients et les soignants, car le patient connecté se prend en main, en intensifiant les échanges avec les soignants entre les consultations traditionnelles. Cette médecine « en continu » rassure souvent et implique les patients, qui deviennent ainsi des acteurs de leur propre santé. En comprenant mieux leur maladie et les raisons d’un traitement, ils peuvent mieux suivre les conseils de leur médecin et les consulter à bon escient.
Amorcé dès les années 70, par l’informatisation des fonctions de gestion et par les premiers projets de dossier patient numérisé, le recours aux « nouvelles technologies de l’information et de la communication » dans le champ de la santé a connu depuis quarante ans, à la fois un intérêt soutenu avec des investissements considérables, et de nombreux échecs retentissants.
C’est que la mise à disposition d’une technologie ne signifie pas forcément son utilisation par des professionnels, possédant de lourdes contraintes par ailleurs, une assez large autonomie d’exercice, des pratiques tacites et une tradition respectable.
La situation des années 2020 pourrait avoir brusquement et positivement changée.
La mutation des générations pourrait s’être effectuée, laissant la place à des praticiens tout autant attachés au métier que leurs prédécesseurs, mais plus sensibles aux contraintes économiques et aux ouvertures technologiques ; les patients, eux-mêmes, deviennent moins passifs, plus éduqués et toujours connectés; en dépit d’utilisations encore souvent éphémères et d’une maturité technologique parfois incertaine, les objets connectés se diffusent à grande échelle et à coût acceptable.

 

Plusieurs axes bien connus animeraient ainsi le développement de l’e-santé :

  • Un axe de contrôle et de normalisation des comportements ouvrant sur des prescriptions; déjà à l’œuvre à l’égard de nombreux professionnels, cette logique pourrait s’étendre aux patients et à l’ensemble de la population.
  • Un axe d’expression et d’affirmation des intérêts individuels, régulés par des transactions explicites ou implicites ; cette logique pourrait se traduire, notamment, par une individualisation croissante de la couverture contre le risque de maladie, par la marchandisation accrue des données de santé et par l’apparition de nouveaux acteurs sur différents segments d’activité.
  • Un axe de mise en commun et de partage sous la forme de dons entre des individus se rattachant à des communautés physiques ou virtuelles; la mise en commun peut concerner des données échangées entre patients et associations et le partage peut porter sur les savoir-faire, les expertises et les expériences entre professionnels au sein de communautés épistémiques et de pratique ; la médecine participative en est une illustration.

 

Réflexions sur le bonheur et la santé émotionnelle, ou la santé mentale

Le bonheur est un état émotionnel agréable, équilibré et durable, dans lequel se trouve quelqu'un qui estime être parvenu à la satisfaction des aspirations et désirs qu'il juge importants. Il perçoit alors sa propre situation de manière positive et ressent un sentiment de plénitude et de sérénité, d'où le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents, ou en tout cas peu invalidants. Cette impression de bonheur ressentie est principalement le résultat de la production de sérotonine dans les noyaux du tronc cérébral, réduisant la prise de risques et poussant ainsi l'individu à maintenir une situation qui lui est favorable. Le bonheur ne doit pas être confondu avec la sensation passagère de plaisir, issue principalement de la production de dopamine et non de sérotonine, mais représente au contraire un état d’équilibre agréable, qui dure dans le temps.

C’est un peu comme si le plaisir était au bonheur ce que l’émotion est au sentiment.

Etymologiquement, ce mot vient de l'expression « bon eür », « eür » est issu du latin augurium, qui signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise ». Arnaud Desjardins disait “Le bonheur, on ne le trouve pas, on le fait. Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons.”

La santé est le premier sujet de préoccupation de la population, pouvoir l’améliorer est un baromètre social important.

Le bonheur est un état caractérisé par sa durabilité et sa stabilité, et désigne un bien-être complet du corps et de l'esprit, tandis que le plaisir concerne plus souvent le corps. Il est davantage ressenti comme serein et apaisant là où le plaisir est davantage associé à une forme d'excitation.
Selon Epicure, le bonheur a deux faces : une face négative qui correspond à l'absence ou la diminution de la souffrance et une face positive qui concerne la satisfaction des désirs naturels et nécessaires.

Le bonheur est souvent conditionné par le plaisir (épicurisme) et consiste à vivre une vie vertueuse.

La notion même de bonheur pose un problème (Kant), car le contenu concret (empirique) en est impossible à cerner. Comment alors définir potentiellement des outils du bonheur ?

Le bonheur supposerait que nous puissions satisfaire tous nos désirs, pleinement et sans interruption : « Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée) ». … évidemment ce programme est irréalisable ! Mais le bonheur ne demande en réalité que de le fait de satisfaire nos besoins.

La bonne santé est souvent ressentie (ou pas), rares sont les outils prétendant la mesurer, l’évaluer, la comparer…

 

Outils numériques et amélioration de la santé

Tentons d’imaginer comment les outils des différents sous domaines de la santé numérique pourraient contribuer à de meilleurs équilibres de vie :

  • Les systèmes d’information en santé permettent une meilleure coordination des soins au sein d’un établissement de santé (Systèmes d’information Hospitalier ou SIH, Dossier Patient Informatisé ou DPI, etc.) ou d’un territoire de soins (Systèmes d’Information partagé de santé). On ne compte plus le nombre d’examens complémentaires redondant imposés à chacun (estimés à 10% des dépenses de santé), avec la perte de temps et d’argent que cela implique pour tous.
  • La télémédecine offre des possibilités de soins à distance et regroupant 5 catégories d’actes médicaux : la téléconsultation, la télé-expertise, la télésurveillance, la téléassistance, et la régulation médicale (centre d’appel 15). La gestion des urgences et du sentiment d’insécurité n’en sera qu’améliorée.
  • La télésanté intégrant des services de suivi et de prévention des individus dans un objectif principal de bien être (objets connectés, applications mobiles d’auto-mesure, plateforme web etc.) En fonction des utilisateurs, il est possible de distinguer au sein de ces champs d’application trois types de dispositifs technologiques génériques - Les dispositifs technologiques centrés patient ou grand public : m-health ou m-santé (M pour Mobile) applications de santé mobiles, applications de santé web, objets connectés, réseaux sociaux (communautés de patients), portail d’information de santé
  • Les dispositifs technologiques centrés offreurs de soins tels les établissements de santé et les professionnels de santé : les SIH internes, systèmes d’information partagés, systèmes d’information embarqué (ex : SMUR), dispositifs de télémédecine
  • Les dispositifs technologiques centrés acteurs assurantiels, régulateurs publics et industriels : outils génériques de la gestion de la relation client (CRM) ainsi que ceux du datamining (données internes) ou du big data (données externes) permettant la collecte, le stockage et le traitement algorithmique de données massives de santé.

Comment le bonheur, notion philosophique et ressemblant plus à un sentiment qu’un état, pourrait être amélioré par des nouveaux outils numériques ?

Prenons pour exemple le bonheur national brut (BNB), un indice servant au gouvernement du Bhoutan à mesurer le bonheur et le bien-être de la population du pays. Inscrit dans la constitution promulguée en 2008, il se veut une définition du niveau de vie en des termes plus globaux que le produit national brut. Préconisé par le roi du Bhoutan, en 1972, cet indice a pour objectif de guider l'établissement de plans économiques et de développement pour le pays tout en respectant les valeurs spirituelles bouddhistes. Cet indice repose sur quatre piliers fondamentaux : un développement économique et social, durable et équitable ; La préservation et la promotion des traditions culturelles bhoutanaises ; La sauvegarde de l'environnement ; Une bonne gouvernance ; tous ces ingrédients composeraient volontiers la recette d’une bonne « santé sociale ».

Le système de santé français coûte aujourd’hui 250 milliards d’euros par an et continue de souffrir de rigidités délétères et de manquements en tout genre. L’arrivée du numérique, même si la représentation mentale de la e-santé est loin d’être joyeuse pour tous, est censée créer de l’économie et mathématiquement la capacité à investir plus sur la santé et le bien-être des populations. Si comme Saint Augustin, on pense que « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède », comment concevoir un bonheur (re)trouvé grâce à des outils que l’on ne possède ou que l’on n’utilise pas encore ? En plus d’un effort d’imagination et d’appropriation, l’acceptation de la e-santé sera indispensable pour imaginer la santé de demain et sa capacité à nous satisfaire.
Si « l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue », parions que les économies de santé induites par l’utilisation en masse du numérique nous rendrons plus heureux. Ainsi, à la question posée initialement de savoir si le numérique est un obstacle au bonheur, ou un outil favorisant son obtention, nous pouvons répondre que le numérique utilisé en vue d’améliorer la gestion de la santé individuelle est un moyen très efficace pour améliorer nos conditions de vie.

 

Auteur :

  • Docteur Alain Toledano, Cancérologue Radiothérapeute et Président de l’Institut Rafael

Évaluez l'article :
1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (2 vote(s), 5,00/5)
Partagez l'article :

Mots clés :

0 Commentaires

Commenter

e-santé

« La e-santé rend-elle plus heureux ? »

image e-santé & bonheur
Par  22 November 2019

Tel est le titre de la prochaine conférence que nous animerons lors de l’événement organisé par Docaposte, filiale numérique du Groupe La Poste, sur le « bonheur et la santé », avec laquelle l’Institut Rafaël, maison de l’après cancer développe un partenariat stratégique en santé numérique.   Comme le remarque Pascal dans Les Pensées, tous les hommes désirent le bonheur ; les moyens pour y parvenir varient d’un individu à l’autre, mais ce vers quoi tout le monde tend est universel. Par conséquent, le bonheur constitue la fin de toute action (son but, ce pour quoi on agit), et inversement, tout ce que nous mettons en œuvre ne peut être considéré que comme un moyen en vue d’atteindre cette fin suprême. Les actions humaines sont donc menées en vue de quelque chose, et non pas de façon absurde et sans aucun but. Ici, nous comprenons la différence entre les moyens et la fin, les moyens étant au service de la fin à laquelle ils sont articulés. Par exemple, nous nous lavons pour être propres. L’action de se laver n’est pas une fin en soi : la fin de cette action est la propreté. C’est donc la propreté qui est première, c’est-à-dire que c’est pour elle que nous nous lavons. Or, nous pourrions ainsi subordonner absolument tout ce que nous faisons à cette fin ultime qu’est le bonheur. Tout ce que nous mettons en place dans nos vies vise, plus ou moins confusément, cet objectif. Ici, nous pouvons dire que la santé est subordonnée au bonheur : elle est un moyen au service d’un but qui la dépasse. Par conséquent, il est très important de réfléchir à cette notion de bonheur, et de bien s’entendre sur sa définition. En effet, puisque nous le recherchons, mieux vaut pour nous avoir une idée de ce que nous cherchons. Le risque serait en effet, faute de définition, de chercher dans tous les sens sans savoir exactement ce que nous visons, ou alors même de nous méprendre sur ce que signifie le bonheur. Nous pouvons nous demander pour commencer ce qui distingue le plaisir du bonheur, c’est-à-dire quelles sont les différences entre ces deux notions. Ces deux mots semblent proches. Pourtant, lorsque nous faisons véritablement attention à ce qu’ils signifient, ils ne désignent pas la même réalité. Prenons l’exemple d’un plaisir : un bon bain moussant, et essayons de décrire ce qui se joue. D’abord le bain ne dure pas toute la vie – c’est d’ailleurs plutôt souhaitable. Par conséquent, le plaisir est éphémère, il ne dure qu’un instant relativement fugace. D’autre part, ce qui est comblé par un bon bain, c’est le corps, avec les cinq sens, et non pas la soif de connaissance, la pensée. Ainsi, le plaisir est surtout sensoriel ou physique. Quand on possède une baignoire, il n’est pas très difficile de faire couler un bain et de s’y plonger. Ainsi, le plaisir est assez facile à obtenir. Tous ces éléments nous permettent en creux d’obtenir une définition du bonheur : il s’agit d’un état de satisfaction stable et durable qui concerne l’ensemble de la personnalité (pas seulement le corps), et qui semble difficile à obtenir, en tout cas dont l’obtention peut demander une réflexion et un effort. Dans cet effort global pour bien vivre, nous pouvons ranger la santé, qui est elle aussi globale, incluant l’ensemble de la personnalité, puisqu’elle peut être définie comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et (elle) ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.» Par conséquent, nous pouvons penser les moyens dont nous disposons, et ici tout particulièrement du numérique, à la lumière de leur articulation au bonheur. Le moyen qu’est le numérique peut-il s’articuler directement à la recherche du bonheur, ou est-il simplement une possibilité technologique dépourvue d’efficacité réelle dans la recherche d’une vie meilleure ? En effet, nous entendons aujourd’hui beaucoup de critiques visant la révolution technologique, ayant souvent pour argument principal l’idée selon laquelle le numérique, loin de contribuer au bonheur, s’oppose à lui comme un obstacle, notamment par l’accélération et la potentialisation de l’expérience qu’il rend possible. Nous pouvons donc formuler la question ainsi : le numérique en médecine est-il un moyen contribuant à l’obtention du bonheur, ou au contraire, un obstacle au bonheur ?   Le Numérique en Médecine La e-santé fait référence à « l’application des technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’ensemble des activités en rapport avec la santé». Le numérique (tout ce qui fait appel à des systèmes électroniques basés sur des fonctions logiques) est considéré comme étant au cœur de l’innovation, la santé ne faisant pas exception, tant dans la recherche clinique que dans la prise en charge et l’accompagnement des patients. Les innovations en santé sont-elles forcément reliées au numérique ? L’irruption du numérique dans notre vie quotidienne modifie l’exercice de la médecine. Loin de remplacer la médecine clinique comme on le fantasmerait volontiers, l’automatisation resserre les liens entre les patients et les soignants, car le patient connecté se prend en main, en intensifiant les échanges avec les soignants entre les consultations traditionnelles. Cette médecine « en continu » rassure souvent et implique les patients, qui deviennent ainsi des acteurs de leur propre santé. En comprenant mieux leur maladie et les raisons d’un traitement, ils peuvent mieux suivre les conseils de leur médecin et les consulter à bon escient. Amorcé dès les années 70, par l’informatisation des fonctions de gestion et par les premiers projets de dossier patient numérisé, le recours aux « nouvelles technologies de l’information et de la communication » dans le champ de la santé a connu depuis quarante ans, à la fois un intérêt soutenu avec des investissements considérables, et de nombreux échecs retentissants. C’est que la mise à disposition d’une technologie ne signifie pas forcément son utilisation par des professionnels, possédant de lourdes contraintes par ailleurs, une assez large autonomie d’exercice, des pratiques tacites et une tradition respectable. La situation des années 2020 pourrait avoir brusquement et positivement changée. La mutation des générations pourrait s’être effectuée, laissant la place à des praticiens tout autant attachés au métier que leurs prédécesseurs, mais plus sensibles aux contraintes économiques et aux ouvertures technologiques ; les patients, eux-mêmes, deviennent moins passifs, plus éduqués et toujours connectés; en dépit d’utilisations encore souvent éphémères et d’une maturité technologique parfois incertaine, les objets connectés se diffusent à grande échelle et à coût acceptable.   Plusieurs axes bien connus animeraient ainsi le développement de l’e-santé :

  Réflexions sur le bonheur et la santé émotionnelle, ou la santé mentale Le bonheur est un état émotionnel agréable, équilibré et durable, dans lequel se trouve quelqu'un qui estime être parvenu à la satisfaction des aspirations et désirs qu'il juge importants. Il perçoit alors sa propre situation de manière positive et ressent un sentiment de plénitude et de sérénité, d'où le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents, ou en tout cas peu invalidants. Cette impression de bonheur ressentie est principalement le résultat de la production de sérotonine dans les noyaux du tronc cérébral, réduisant la prise de risques et poussant ainsi l'individu à maintenir une situation qui lui est favorable. Le bonheur ne doit pas être confondu avec la sensation passagère de plaisir, issue principalement de la production de dopamine et non de sérotonine, mais représente au contraire un état d’équilibre agréable, qui dure dans le temps. C’est un peu comme si le plaisir était au bonheur ce que l’émotion est au sentiment. Etymologiquement, ce mot vient de l'expression « bon eür », « eür » est issu du latin augurium, qui signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise ». Arnaud Desjardins disait “Le bonheur, on ne le trouve pas, on le fait. Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons.” La santé est le premier sujet de préoccupation de la population, pouvoir l’améliorer est un baromètre social important. Le bonheur est un état caractérisé par sa durabilité et sa stabilité, et désigne un bien-être complet du corps et de l'esprit, tandis que le plaisir concerne plus souvent le corps. Il est davantage ressenti comme serein et apaisant là où le plaisir est davantage associé à une forme d'excitation. Selon Epicure, le bonheur a deux faces : une face négative qui correspond à l'absence ou la diminution de la souffrance et une face positive qui concerne la satisfaction des désirs naturels et nécessaires. Le bonheur est souvent conditionné par le plaisir (épicurisme) et consiste à vivre une vie vertueuse. La notion même de bonheur pose un problème (Kant), car le contenu concret (empirique) en est impossible à cerner. Comment alors définir potentiellement des outils du bonheur ? Le bonheur supposerait que nous puissions satisfaire tous nos désirs, pleinement et sans interruption : « Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée) ». … évidemment ce programme est irréalisable ! Mais le bonheur ne demande en réalité que de le fait de satisfaire nos besoins. La bonne santé est souvent ressentie (ou pas), rares sont les outils prétendant la mesurer, l’évaluer, la comparer…   Outils numériques et amélioration de la santé Tentons d’imaginer comment les outils des différents sous domaines de la santé numérique pourraient contribuer à de meilleurs équilibres de vie : Comment le bonheur, notion philosophique et ressemblant plus à un sentiment qu’un état, pourrait être amélioré par des nouveaux outils numériques ? Prenons pour exemple le bonheur national brut (BNB), un indice servant au gouvernement du Bhoutan à mesurer le bonheur et le bien-être de la population du pays. Inscrit dans la constitution promulguée en 2008, il se veut une définition du niveau de vie en des termes plus globaux que le produit national brut. Préconisé par le roi du Bhoutan, en 1972, cet indice a pour objectif de guider l'établissement de plans économiques et de développement pour le pays tout en respectant les valeurs spirituelles bouddhistes. Cet indice repose sur quatre piliers fondamentaux : un développement économique et social, durable et équitable ; La préservation et la promotion des traditions culturelles bhoutanaises ; La sauvegarde de l'environnement ; Une bonne gouvernance ; tous ces ingrédients composeraient volontiers la recette d’une bonne « santé sociale ». Le système de santé français coûte aujourd’hui 250 milliards d’euros par an et continue de souffrir de rigidités délétères et de manquements en tout genre. L’arrivée du numérique, même si la représentation mentale de la e-santé est loin d’être joyeuse pour tous, est censée créer de l’économie et mathématiquement la capacité à investir plus sur la santé et le bien-être des populations. Si comme Saint Augustin, on pense que « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède », comment concevoir un bonheur (re)trouvé grâce à des outils que l’on ne possède ou que l’on n’utilise pas encore ? En plus d’un effort d’imagination et d’appropriation, l’acceptation de la e-santé sera indispensable pour imaginer la santé de demain et sa capacité à nous satisfaire. Si « l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue », parions que les économies de santé induites par l’utilisation en masse du numérique nous rendrons plus heureux. Ainsi, à la question posée initialement de savoir si le numérique est un obstacle au bonheur, ou un outil favorisant son obtention, nous pouvons répondre que le numérique utilisé en vue d’améliorer la gestion de la santé individuelle est un moyen très efficace pour améliorer nos conditions de vie.   Auteur :